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    • Sunbathing Underwater : : Henri Roger piano solo
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    • Parole Plongée : : Benjamin Duboc, Didier Lasserre, Henri Roger
    • No Meat Inside : François Cotinaud, Barre Phillips, Henri Roger, Emmanuelle Somer
    • When Bip Bip Sleeps : The SéRieuse Improvised Cartoon Music Quartet. Eric-Maria Couturier, Emilie Lesbros, Henri Roger, Bruno Tocanne
    • Exsurgences : Henri Roger piano solo

      Exsurgences


      Improvisations libres au piano, avec pour thème de départ les eaux souterraines et leurs mouvements vers la surface, enregistrées au Studio 26 à Antibes en février 2012.
      L’album est constitué d’un vinyle et d’un DVD contenant des improvisations différentes.
      Lesvidéos et la pochette sont réalisées par l’artiste peintre et vidéaste Anne Pesce.
      La pochette contient un entretien avec Philippe Robert, auteur de "Musiques Expérimentales" (Le mot et le Reste).

      Label : Facing You / IMR
      Distribution : Musea.Souffle Continu, Paris..Les Allumés Du Jazz.Improjazz.iTunes


      Entretien avec Philippe Robert. Improjazz.

      FACING YOU : HENRI ROGER
      Te souviens-tu de tes tous premiers émois musicaux ?
      Pendant longtemps j’ai entendu de la musique, avec plaisir, sans toutefois y prêter beaucoup d’attention. A partir du moment où j’ai vraiment aimé en écouter, j’ai eu envie d’en jouer : les deux, dès lors, sont devenus indissociables. Mon premier choc musical s’est produit en colonie de vacances, vers 12 ou 13 ans : un animateur a joué du boogie, et à partir de ce moment, il a fallu que j’essaie de reproduire ce genre de rythme sur le piano familial. Auparavant, la musique était en quelque sorte à l’extérieur ; puis soudainement, elle est passée « à l’intérieur de moi », au point que je la perçoive autrement, avec l’envie « d’être dedans », de vivre avec, de réduire l’espace entre perception et jeu. Aux alentours de 1963, j’ai cherché à jouer d’oreille ce que j’entendais alors : c’est-à-dire principalement du blues, des chansons, du rock’n’roll… Mes parents jouaient du violon et du piano, et la musique classique était très présente… Puis une de mes soeurs, plus âgée, a ramené d’Angleterre des singles sixties qui m’ont d’emblée titillé. Leur son, leurs rythmes, leurs harmonies ne disaient qu’une chose : combien ces musiques « c’était nous, et personne d’autre ».
      Après ces premières découvertes, j’imagine que tu t’intéresses plus avant, au point de t’immerger dans la musique enregistrée, et d’acheter enfin tes premiers disques à toi.
      On écoutait donc de tout, en famille, à la radio ou à la télévision, lorsque tout d’un coup, l’émission Salut les copains déboula dans les foyers : c’est là que j’ai entendu les Beatles, les Rolling Stones et Bob Dylan pour la première fois, et c’est juste après que j’ai acheté, d’abord des 45 tours, puis des LP. Le premier 45 tours ? Vraisemblablement « I Want To Hold Your Hand » en 1964. Puis, dans la foulée, les albums Out Of Our Heads des Stones, Bringing It All Back Home de Dylan, et A Hard Day’s Night des Beatles. Les écouter en boucles me procurait un plaisir intense. En émanait un sentiment de nouveauté, d’un monde en dehors des adultes. Il devenait évident qu’il y avait d’autres critères, d’autres manières de faire de la musique ensemble, en groupe. J’ignorais comment ces musiques étaient faites, mais j’en entendais distinctement toutes les parties jouées et chantées. Ce qui se passait derrière le chant principal – la répartition des instruments, leurs rôles – m’a rapidement captivé. Taper en rythme derrière ce que j’entendais m’amusait : batteur dans un groupe, voilà ce que j’avais envie d’être. Qu’ajouter à propos de tout ceci ? Chez les Stones, c’est principalement l’énergie qui me touchait, même dans les morceaux lents : leur manière d’affirmer, d’imposer un rythme. Avec Dylan, c’étaient les paroles qui m’interpellaient, sans tout comprendre cependant. Les Beatles ? L’évidence des mélodies et leur
      côté joyeux était la clé. Mais les tubes n’incarnaient pas non plus ma priorité. Quand j’aimais un album, c’était que le son, l’ambiance générale me fascinaient.
      Le son, l’ambiance, les mélodies voire les paroles : on est encore loin de ce qui fait l’essence du jazz. A partir de quand t’y es-tu intéressé ?
      Indubitablement, les nouveautés dans la pop et le rock excitaient la curiosité, on en voulait toujours plus… Aussi suis-je allé me rendre compte, de visu, aux festivals de Bath et sur l’Île de Wight, en 1969. Solos de guitare, de batterie également : tout un développement instrumental au- delà des chansons m’apparaissait au grand jour, à l’instar de ce que Jimi Hendrix pratiquait avec fougue, pour ne citer que lui. C’est aussi à cette époque que des amis m’ont fait écouter du jazz instrumental, avec des musiciens s’exprimant longuement, comme sur « Afro Blue », dans la version de Coltrane, en public, au Birdland. Toutes frontières me semblaient avoir volé en éclats, un lien évident unissant Hendrix et Trane. Dans la foulée, Filles de Kilimandjaro (Miles Davis) ainsi que le septette de Thelonious Monk ont atterri sur ma platine et l’ont squattée, non stop.
      Quand tu as commencé à écouter du rock, tu dis avoir été enclin à te consacrer à la batterie. De quel instrument as-tu commencé par jouer, et dans quelles circonstances ?
      Le piano est venu en premier, le soir après l’école, pour m’amuser. La gamme de blues a constitué une base à combiner dans tous les sens, avec, en tête, des phrases de guitare plutôt que de piano. Au lycée, des copains mettaient sur pieds des groupes que j’intégrais si je pouvais jouer cette gamme. C’était déjà de l’improvisation sur quelques notes portées par une rythmique, un point de départ que je n’ai pas cessé d’explorer depuis. Quand, au cours d’une fête entre amis, un pianiste changea les premiers accords du « Whiter Shade Of Pale » de Procol Harum, tout un univers s’ouvrit devant moi, attisant ma soif d’apprendre.
      Tu pratiques également la guitare, la batterie, les percussions : tu as donc intégré ces instruments à ton parcours beaucoup plus tard ? Quand es-tu devenu musicien professionnel d’ailleurs ?
      A Nice, au début des seventies, je fréquentais un lieu qui s’appelait le Tube, où des gens chantaient, jouaient ; c’est là que j’ai fait connaissance de celle qui allait devenir mon épouse, et c’est avec sa guitare acoustique que j’ai appris à jouer de cet instrument, avant d’acquérir une Stratocaster quelques années après. La batterie, ça n’a été que trente ans plus tard ! Sur plusieurs instruments, des manières différentes de s’exprimer se révèlent ; des idées viennent à la guitare, à reprendre au piano ou l’inverse, de même que des rythmes prenant forme à la batterie s’avèrent
      finalement transposables sur guitare ou piano. Au début de l’année 1970, aller vivre à Paris pour devenir musicien professionnel, même sans trop savoir comment, coulait de source. Après audition, j’intégrais donc Taï Phong pour une série de concerts, mais bien que déterminé, beaucoup de choses arrivèrent finalement par hasard, dans le mouvement.
      Une rencontre importante fut celle de Catherine Ribeiro, dont tu auras été le pianiste des récitals, après qu’elle en ait eu fini avec Alpes. Et puis, une autre rencontre, pas moins déterminante, aura été celle du rédacteur en chef de l’éphémère Rock en Stock, par ailleurs label manager du culte Pôle, où sévirent Pataphonie et Philippe Besombes, artistes figurant sur une liste concoctée en 1979 par Steven Stapleton et ses acolytes du combo étiqueté « industriel » Nurse With Wound, liste qui, aujourd’hui encore, continue d’être influente en matière d’étrangetés.
      C’est pour ce label, justement, que tu as enregistré ton premier album, que je qualifierais plutôt de progressif, si tu me passes l’expression. Images, puisque tel en est le titre, n’a rien à voir avec le jazz.
      L’idée que j’ai ma musique à jouer et à créer existe en moi depuis longtemps, et j’y travaille en permanence. Soft Machine, Frank Zappa, Pink Floyd, King Krimson, Yes, Genesis, Mahavishnu Orchestra m’ont aidé à trouver un vocabulaire où les genres se sont mélangés jusqu’à ne plus faire qu’un. Images, mon premier opus pour la maison de disques de Paul Putti, correspond à des climats joués sur synthés et claviers d’époque, enregistrés à partir d’un magnéto quatre-pistes, des climats où, bien qu’ils n’aient rien à voir avec le jazz, l’improvisation était omniprésente. Avant d’accompagner Catherine Ribeiro, à l’époque de « La Folle », j’ai tourné avec Mama Béa Tekielski – elle aussi présente sur la liste de Nurse With Wound puisque tu en parles… Catherine Ribeiro, c’était fin des années 1980, quand elle s’était mis en tête de reprendre Brel, Ferré, Piaf : nous étions tous les deux sur scène, grand écart stylistique pour elle comme pour moi comparé à ce que nous avions fait jusque-là : pourquoi ne pas essayer ? L’aventure a duré quatre années, avec des moments intenses, où il était parfois difficile de ne pas se laisser submerger par l’émotion qu’elle mettait dans « La mémoire et la mer » de Léo Ferré. Grand souvenir que d’avoir ainsi offert en partage, un 1er mai, « Ne me quitte pas », place de la Bastille, devant des milliers de personnes silencieuses. L’amour aux nues est l’enregistrement de ce que nous faisions, capté au Forum des Halles.
      Quand tu accompagnais Catherine Ribeiro, quels pianistes avais-tu en tête ?
      Pendant longtemps, saxophonistes, batteurs et guitaristes de jazz ont retenu mon attention au détriment des pianistes, ce qui n’est plus le cas. Lesquels alors, parmi ces derniers ? Surtout Thelonious Monk, McCoy Tyner, Herbie Hancock, Chick Corea, Keith Jarrett. Puis il m’a fallu
      les comprendre, relever leurs accords, leurs phrases, découvrir des possibilités qu’on ne voit pratiquement pas dans les livres consacrés à l’étude du jazz. Et enfin se dire, qu’à partir de là, d’autres combinaisons sont possibles – illimitées.
      D’où t’es venue l’idée d’animer pendant un temps un atelier, consacré à l’improvisation (le G.L.I. ou Groupe de Libres Improvisateurs), où l’on pouvait se confronter à cette pratique, et, pour certains des « fidèles », se produire sur scène, parfois au contact de musiciens d’expérience tel Barre Phillips ? Et puis pourquoi ? Cela semble correspondre, de ta part, à un investissement encore plus profond. Tu n’accompagnes plus… Le dialogue et l’écoute l’emportent dès lors, certaines rencontres, avec Paul Rogers, Jean-Louis Méchali, Didier Petit en témoignent.
      L’improvisation, totale et non idiomatique comme on dit, et donc, des formes innovantes de jeu qui ne se référent pas spécialement au jazz, ont fini par me tomber dessus. A Montreuil, aux Instants Chavirés, d’autres façons de partager le son se sont imposées à moi – j’y ai même participé à des rencontres avec des musiciens comme Didier Petit, Alex Grillo ou Guillaume Orti. C’est là, aussi, que j’ai entendu Paul Rogers pour la première fois, et que j’ai fini par lui proposer d’enregistrer Manipulsations avec Jean-Louis Méchali, un disque dans lequel se mêlent impro et parties écrites. Au premier concert de ce trio, Paul Rogers m’a dit : « On oublie les thèmes, on joue ! » De là date ma plongée dans l’improvisation beaucoup plus libre que je continue à pratiquer aujourd’hui.
      En 1997 je suis revenu vivre près de Nice où j’ai retrouvé les musiciens de l’actuelle Compagnie So What avec qui j’avais joué du free jazz en première partie de Martial Solal en 1972. Grâce à eux j’ai rencontré Serge Pesce et Frederic L’Epée, créateurs du G.L.I., atelier d’initiation à l’improvisation qui proposait de multiples approches d’écoute, et des interactions à travers des exercices ludiques. Cela me semble être une spécificité des improvisateurs que d’apprécier les rencontres, et d’aller au-delà des questions inhérentes au niveau des participants à une improvisation collective. Barre Phillips venait (et continue de venir) régulièrement à nos soirées, et notre relation amicale s’est tissée avec une grande simplicité. C’est son attitude discrète, très à l’écoute des autres sur scène, qui permet à chacun de jouer et de se sentir libre. On repense après à ce qui a été joué par les uns et les autres, et on évolue. Effectivement le jeu collectif improvisé élimine en grande partie l’idée traditionnelle d’accompagnement. Le fait de mettre en jeu, avec d’autres que soi, son propre vocabulaire, crée automatiquement une situation qui n’aurait pas été développée si l’on était resté seul.
      Tu as aussi joué de la guitare électrique, et enregistré, avec une formation azuréenne « à la Lounge Lizards » nommée Pouaz"rlk. Pour autant, c’est surtout au piano que l’on t’entend
      ces temps-ci. Tu viens de monter un label dont le nom : « Facing You » est en soi tout un programme : peux-tu en dire plus, également sur tes projets ?

      Avec Pouaz"rlk, je pouvais expérimenter très librement la guitare, au-dessus de rythmiques basées sur des séquences répétitives, alors que sur le disque en duo avec le batteur Bruno Tocanne, Remedios la belle, nous étions rythmiquement libres tous les deux. A propos de cet opus, il est sorti sur Le Petit Label, dont la philosophie m’a paru tout à fait proche de ma démarche : une approche artisanale à taille humaine (peu d’exemplaires sont gravés), un travail artistique confié à des plasticiens pour les pochettes, une bonne relation aux médias concernés par ces musiques qui permet de joindre les gens susceptibles d’apprécier.
      A travers tous mes projets, toutes mes rencontres, mes réalisations, le besoin de liberté domine. Créer Facing You est un moyen de faire exister mes musiques à mon rythme. Le piano permet « facilement » le solo ; et donc de se présenter seul face au public comme l’a suggéré Keith Jarrett au travers du titre de son premier album solo, Facing You ; le piano en solo permet de venir raconter son histoire au plus près de ce qu’on est, sans artifices, avec vérité et sincérité. Je souhaite garder de la liberté, du rêve, de l’humain face à un monde de plus en plus technique et rationnel. A toute vitesse de nouveaux moyens d’écouter, de stocker la musique arrivent ; on peut imaginer un lieu de vie où l’on ne verrait plus de disques, plus de livres, plus de photos, où tout s’incarnerait dans un outil informatique… Mais les symboles, l’imaginaire, le passé, les parcours sont là, c’est vital. Le vinyle c’était nos premiers 33 tours, c’était magique, précieux et rare. L’imaginaire avait sa place dans leurs pochettes ; l’imaginaire a besoin d’espace, de matière à tenir dans les mains. Je vois le disque comme un prolongement harmonieux entre le son et quelque chose de visuel, d’où la rencontre avec la plasticienne et vidéaste Anne Pesce, qui possède un regard très personnel et s’occupe d’offrir, si je puis dire, un visage à Facing You sur différents supports : vinyle, CD ou DVD.
      L’humour tient aussi une grande place dans ma vie et dans ma musique, on peut en trouver des traces dans des clins d’oeil parfois appuyés : à chaque concert par exemple, je glisse, à un moment donné, les premières notes de « A Whiter Shade Of Pale ». En compagnie d’Eric-Maria Couturier, Emilie Lesbros et Bruno Tocanne, je vais, dans la foulée d’Exsurgences, sortir un album en hommage aux musiques de cartoons de Scott Bradley : The SéRieuse Cartoon Improvised Music Quartet !
      Un sujet de séminaire organisé par Jean-Marc Montera à Marseille proposait de réfléchir sur : « L’improvisation, art de l’oubli ? » Ton opinion ?
      Par opposition à la musique écrite c’est vrai, mais dans le monde, des musiques contenant une grande part d’improvisation se perpétuent en gardant la mémoire d’une culture. Pour l’improvisateur libre, c’est différent, il acquiert un savoir-faire au fil du temps, savoir-faire qui consiste en partie à répéter, et donc à garder en tête des chemins, des manières d’évoluer dans divers niveaux de tension, d’énergie, d’intensité, d’espaces. Lorsqu’il est en situation d’improviser en public ou en studio, c’est comme s’il disait ses phrases en changeant l’ordre des mots tout en gardant le même sens. L’oubli, dans une véritable improvisation, consisterait à ce qu’on ne puisse plus refaire ce qui a été joué, qu’on ne sache plus, et pour de bon, comment on avait pu le faire auparavant. Après tout, c’est peut-être pourquoi, ceux qui se disent improvisateurs, au point de pratiquer quotidiennement, enregistrent énormément de disques : afin de garder des traces des oublis !
      Propos recueillis par Philippe Robert, auteur de Musiques expérimentales (le mot et le reste), anciennement collaborateur de Jazz Magazine, Vibrations, Les Inrockuptibles, Guitare & Claviers, Improjazz, août 2012.
      Improjazz

      "Exsurgences" player.

      Chronique CultureJAZZ Février 2013

      Henri Roger a comme devise une phrase d’Henri Michaux : "Va assez loin en toi pour que ton style ne puisse pas suivre". Et il va loin, audacieux, téméraire en créant son propre label "Facing You" (soutenu par IMR). Il publie cet étonnant projet "Exsurgences" contenant un DVD et un vinyle 30cm où Il improvise sans autre support que son inspiration très riche. Un superbe travail d’artiste et de pianiste (qui a également inspiré la vidéaste Anne Pesce). Oui, il va loin et on le suit !
      Bonne idée : l’interview dans la pochette du 30cm !
      Culturejazz, février 2013.

      Chronique Le Son du Grisli Février 2013


      Dans la pochette de ce LP, livré avec un DVD contenant des films de l’artiste Anne Pesce, le report d’une interview d’Henri Roger par Philippe Robert nous explique le parcours pour le moins iconoclaste de ce musicien. La pop des années 60, la chanson avec Catherine Ribeiro, l’improvisation jazz avec Paul Rogers et Jean-Louis Méchali…

      Encore aujourd’hui, ce bouillon de culture travaille Henri Roger. Dans les impressionants solos de piano d’Exsurgences, on sent avant toute autre chose un véritable amour du jeu libre. D’une touche à l’autre, de gauche à droite et de droite à gauche, le pianiste fait tourner un manège à sensations impressionniste, minimaliste, expressionniste… Avec une aisance de voltigeur, Henri Roger remonte l’histoire de son instrument et les personnages qu’il fait tourner ont pour noms Debussy, Satie, Kremsky, Coltrane, Taylor, Schlippenbach, Jarrett… Et Ran Blake, ô combien. Une galerie que l’on voit défiler comme sous hypnose et qui laisse sur son passage des couleurs qui ne sont autres que celles de ce grand autoportrait d’Henri Roger.
      Héctor Cabrero, février 2013. Le Son du Grisli

      Chronique JazzColours avril 2013


      È facile perdersi dentro un piano solo come questo di Henri Roger, polistrumentista francese di recente in duo con Bruno Tocanne, ma da tempo fra le figure di rilievo dell’avanguardia jazz francese. Viene da pensare all’irruenza di Cecil Taylor, mitigata però dal classicismo di Keith Jarrett spoglio dei condizionamenti della tradizione, al delicato lirismo di Bill Evans mediato dalla im maginifica narratività di Matthew Shipp, con un pizzico di quell’irriverente libertà tipica di pianisti europei d’avanguardia come Alex von Schlippenbach, e del romanticismo burbero di Paul Bley : questo per avere un’idea del musicista e di questo suo interessante album. Solo un’idea, giusto perché Henri Roger, che fra le proprie influenze annovera anche Ligeti e Messiaen, è un po’ di ciascuno ma va oltre tutto questo, una possibile mediazione più che una irraggiungibile sintesi. Non nuovo alle uscite in solitaria, questo “Exsurgences” giunge quinto dopo “Energies Douces”, “Rythmigration”, “Imprudenses” e “Hyperkinezik” : si tratta di un lavoro composito, costituito da un Lp in vinile, con un lungo brano sul lato A e tre sulla facciata B, ed un Dvd dove la musica di altri 5 pezzi si materializza in al- trettanti video ad opera dell’artista Anne Pesce, autrice pure della copertina. Tema del disco, le acque sotterranee ed i loro tragitti verso la superficie. Così le idee di Roger gorgogliano in modo naturale dalla tastiera, le sue dita scorrono rapide e spensierate sul pianoforte, acce
      lerano fino ad un punto, un nugolo, una figura o anche una pausa, le mani si incrociano, si sollevano leggere, le corde risuonano, le armonie si librano, sostenute e rilasciate dal pedale, le note si staccano, si identificano individualmente, sgorgano dai tasti, tracciano linee e vaporizzano colori : chine in chiaroscuro, graffiti a tinte morbide, acqueforti, pastelli dai toni acidi. Il tempo è elemento elastico, uno dei vantaggi del piano solo, respiro simbiotico dell’anima dell’esecutore/creatore, e vi subentrano gli stati d’animo da cui ha origine la musica, introspezione, ricerca, attesa, liberazione. Molto ben riuscita anche la sinestesia fra musica e video, il primo, Exsurgences #1, un viaggio di quasi mezz’ora attraverso un mappamondo che ruota seguendo a tempo le tappe di un verosimile tour ; Exsurgences #2 scruta il cielo da una terrazza fra un’alba timida ed un abbacinante tramonto ; Exsurgences #3, fisso sui solchi di un vinile che scorre quasi al ritmo dei bollori del piano ; Exsurgences #4, refrattario e rumoristico come le tre sequenze di immagini da una corsa in auto ; ed infine un meditativo e paesaggistico Exsurgences #5, che gioca sulle sfumature del “far della sera”. Autodidatta, attivo da oltre trent’anni, con quest’album Roger s’impone all’attenzione degli amanti dell’improvvisazione pianistica senza rete più che della critica : e sarebbe ora di concedere ad un musicista così genuino il rico noscimento che merita._An.Te.
      JazzColo[u]rs| aprile ’13

      Chronique dans Maître Chronique juin 2013


      When Henri Roger doesn’t sleep…
      J’aime bien les gens un peu foufous, et tout particulièrement les artistes qui osent s’affranchir des contraintes économiques du quotidien pour assouvir leurs passions et permettre à leurs rêves de se matérialiser : par exemple en vous balançant, à quelques mois d’intervalles, deux trente-trois tours. Oui oui, vous avez bien lu : des trente-trois tours ou, si vous préférez, des vinyles, ou des LP comme on disait autrefois pour montrer qu’on s’y connaissait en anglo-saxonneries. Et pas des galettes ultra-légères qui se gondolent à Venise ou ailleurs, telles celles qu’on avait vu apparaître dès la fin de l’année 1973, dans la foulée de la première crise du pétrole et de la terrible "Chasse au Gaspi" pompidolo-giscardienne. Non, je vous parle de disques bien épais, droits dans leurs deux sillons (un par face, comme vous ne l’ignorez pas), des vrais, des costauds, des rigides qui sentent l’eau de Cologne et qui ne ploient pas du bec et sont, à leur façon, un sacré pied de nez aux téléchargements de tout poil et autres musiques dématérialisées, quand elles ne sont pas écrêtées (un sujet que ne manquera pas d’aborder un jour l’inénarrable Laurent Coq, ce qui serait anatomiquement logique, soit dit en passant). Ici, on n’oublie pas que si la musique s’écoute, elles nous touche aussi en se laissant toucher, en acceptant de sentir sa pochette délicatement caressée par des mains avides de palpation durable et de palpitation tactile. L’objet, nom d’un disque, ça peut vouloir dire quelque chose encore ! C’est un compagnon qu’on fait entrer chez soi, auquel on réserve une place unique, à l’abri dans un rayonnage cosy où peut régner parfois, sachons-le, la dictature péremptoire d’un double classement par genre et ordre alphabétique et d’où il sera extrait à intervalles réguliers dans un cérémonial que nous envient sans oser se l’avouer les assoiffés du peer to peer (qu’on peut traduire par pair à pair, et non paire à paire comme le redoute tant la terrifiante Christine B.).

      Oui, mesdames et messieurs, lecteurs et lecteuses, j’ai fait récemment l’acquisition, en m’abreuvant directement à la source de leur géniteur, de deux bons vrais albums noirs d’un diamètre de trente centimètres qu’on pose sur un plateau qu’une platine s’obstinera à faire tourner à la vitesse précise de trente-trois révolutions par minute. Cerise sur le gâteau, ces disques chéris font l’objet d’un élégant conditionnement, tout en subtils reflets et transparences et le plaisir d’arriver accompagnés, l’un d’un DVD, l’autre d’un CD, malicieusement glissés dans la pochette bien trop spacieuse pour leur carrure d’ablettes. Preuve que pour fidèle qu’on soit aux désormais ancestrales galettes, on n’en est pas moins en prise directe avec les technologies du moment. Encore que… DVD, CD, tout cela sent le présent parfumé au passé, mais c’est une autre histoire qu’on appelle le futur. Et je lis ici ou là, sous la plume virtuelle de quelques prétendus experts de la chose marketée, qu’il existerait encore une niche pour ce genre de produits. Une niche… faut vraiment avoir été façonné par une école de commerce ruineuse pour proférer ce genre d’inepties.
      Je ne sais pas si le pianiste guitariste improvisateur et homme pétri d’humour Henri Roger vendra beaucoup de ses Exsurgences solitaires ni de sa SéRieuse Improvised Cartoon Music enregistrée par un quatuor joyeusement allumé sous le titre évocateur de When Bip Bip Sleeps, mais je me permets de lui souhaiter d’en écouler des milliers (allons, ne soyons pas chiche et pourquoi mégoter ? Que ces albums s’envolent par millions dans la stratosphère des acheteurs incontinents que nous fûmes dans notre jeunesse et qu’ils déversent sur le musicien des torrents de pièces d’or…) afin que, sans trop attendre, le monsieur nous fourbisse vite un troisième volet musico-pétrolifère que je m’empresserai de lui pré-commander à l’instant même où il nos fera l’amabilité d’en signaler la possible existence…
      Quoi ? Henri Roger, vous ne savez pas qui est ce monsieur ? Tsss tsss tsss, pas sérieux tout ça ! Bon, je suis de bonne humeur alors j’essaie de vous résumer le personnage que j’ai tendance à considérer comme un type un peu génial, totalement singulier parce qu’amateur de musiques plurielles, épris de libertés (le s, c’est fait exprès), imprévisible, inventeur improvisateur, une sorte de Tryphon Tournesol des portées, un autodidacte zébulon qui goûte également aux délices du dessin. Bref, une petite mine d’or à lui tout seul, dont le talent est aussi d’apprendre à celui qui l’écoute d’aller au-delà des conventions stylistiques pour se laisser guider vers un monde onirique et bigarré - qui n’exclut pas une part d’introspection, en témoignent ses élégantes Exsurgences - dont l’idiome le plus couramment parlé est la surprise. Toutes ces indéniables qualités sont fort bien présentées sur son site Internet dont, vous le devinez, l’apparence est, comment dire, sui generis.
      L’an passé, j’avais salué du côté de chez Citizen Jazz les belles embardées d’un duo formé avec le toujours juste Bruno Tocanne, dont la batterie attentive était un écho stimulant aux élancements de la guitare et du piano. Ce Remedios la Belle, librement inspiré des 100 ans de solitude de Gabriel Garcia-Marquez, avait vu le jour sur le Petit Label dont les pochettes sont, soit dit en passant, de miraculeux petits trésors cartonnés.
      Deux LP, donc. Le premier, Exsurgences, est pour Henri Roger l’occasion d’une confrontation avec lui-même au piano. Côté vinyle, quatre mouvements, dont l’un occupe à lui-seul la première face ; côté DVD, cinq autres déclinaisons, illustrées par une travail vidéo d’Anne Pesce, qui a réalisé par ailleurs la très belle pochette. Musique entêtante, presque hypnotique, ample et généreuse, aux couleurs du soir. Pas exactement celle qui illustrera vos prime time druckerisés, mais tout juste celle dont vous aurez besoin pour comprendre que l’ailleurs est souvent meilleur et, surtout, pourvoyeur de ces discrètes richesses dont vous n’auriez pas forcément soupçonné l’existence et qui vous deviennent comme une nécessité au moment où elles s’ouvrent à vous.
      Beaucoup plus “chien fou” est le quartet qu’a composé Henri Roger pour délivrer sa SéRieuse Improvised Cartoon Music : on y retrouve avec plaisir Bruno Tocanne, ainsi qu’Éric-Maria Couturier au violoncelle et Émilie Lesbros chargée de la voix et d’une énigmatique boîte à sons. Cinq aventures sur un CD, quatre autres sur le 33 tours, le tout baptisé When Bip Bip Sleeps et, si l’on voulait résumer, un foutraque feu d’artifice sonore où le célèbre coyote aurait bien du mal à poser la moindre patte sur le Road Runner. On a plutôt l’impression qu’il s’en est coincé une ou deux dans une prise de courant : imaginez la bestiole tout ébouriffée, la langue pendante et les yeux exorbités, et vous aurez une idée assez précise de ce à quoi vous pouvez vous attendre au moment où le bras articulé et sa pointe en diamant auront atterri sur le champ vinylique et libéré le ploc annonciateur du son gravé. Ce détournement sonore animé ressemble à s’y méprendre à une joyeuse entreprise de démolition des repères, sa succession d’explosions et de chausse-trapes est un étourdissement, certes pas à mettre d’emblée au cœur des oreilles élevées dans la douceur ouatée des musiques attendues, mais il constitue un tel vecteur d’éveil qu’on se surprend, après une immersion prolongée dans un monde aussi affolé, à imaginer qu’il ne se passe plus rien.
      Voilà donc, en quelques lignes - merci d’être parvenus jusqu’à l’ultime paragraphe - une proposition pré-estivale de dépaysement musical dont vous reviendrez tout bronzés de l’intérieur, chargés d’une dose salutaire de vitamine D pianistique. Henri Roger et sa bonne pharmacie sont à vos côtés, vous allez vite vous sentir beaucoup mieux. Vous m’en prendrez un comprimé avant chaque repas !
      PS : Bruno Tocanne me souffle dans l’oreillette que les deux disques dont il est question ici sont disponibles chezInstant Musics Records. Il a bien raison le bougre !

      Maître Chronique

      Chronique All About Jazz. Eyal Hareuveni. Août 2013.


      Self-taught French pianist Henri Roger’s set of solo piano free improvisations is spread across a DVD directed by video artist Anne Pesce, and also on vinyl. These nine improvisations, all numbered as "Exurgences 1" to "9," have a similar dense and restless character.

      Roger explores the sonic possibilities of piano keyboard, stressing the lower range as he sustains these sounds and forms a dramatic and intense, string of continuously colliding overtones. The first and longest improvisation, the 28-minute "Exurgences 1," sounds as if Roger is not attempting to structure it in any binding form, but just lets the sounds flow in an intuitive manner, deliberately not attaching himself to any sonic occurrence—slowing the pace and softening its strict atmosphere only in its last minutes. The accompanying video, showing straight lines between specific locations all over a static black and white globe, adds little to the sonic experience, and after a while becomes redundant.

      The following improvisations and their accompanying videos offer additional yet different aspects of mostly static, monochromatic sonic and visual experiments. The "Exurgences 2" is lighter, with a changing urban landscape captured at different times of the day, while "Exurgences 3" is more tight and nervous, with a view of vinyl turning around.

      The fourth improvisation stands out as the most arresting. Roger uses the piano strings as a percussive surface and the percussive sounds that he produces from rubbing and plucking the strings correspond with the conventional keyboard playing, creating a nuanced, mysterious texture, accompanied with a changing landscape view from a driving car. The fifth, spare improvisation, emphasizes again the accumulative, meditative effect of exploring the overtones.

      The other four improvisations, documented on the vinyl, continue in a similarly restless vein, mainly "Exurgences 6," with over 16 minutes of dense sonic investigation of clusters of chords. But these improvisations also suggest changing moods and colors, like the "Exurgences 7," which even has a surprisingly emotional, balladic touch, or the minimalist "Exurgences 8." The final, short and melodic "Exurgences 9" even sounds as though it was influenced by the solo piano excursions of Keith Jarrett.

      Comprehensive and challenging, yet often too long, Exsurgences is an investigation into the form of free improvisation.
      Eyal Hareuveni.All About Jazz

      Chronique de Stef Gijssels pour Freejazzblog septembre 2013

      Henri Roger - Exsurgences (IMR, 2012) ****

      Henri Roger is a self-taught pianist, guitarist, drummer and composer with a long track record in modern music, and if I’m not mistaken, this must be his fourth solo piano album. This one is vinyl only, with an accompanying DVD. The theme of this album is the way of underground water as it moves up to the surface.

      The A side is quite exploratory, with the artist nervously conjuring up dark phrases with increasing intensity, alternated with interesting moments of almost percussive lyricism. It an eclectic improvisation, not really jazzy, not classical either, but a very honest and cautious journey of musical reflection.

      The B side is at times more romantic, calm and introspective in a Jarrett mode, but then with a little darker edge to it.

      The DVD is actually longer than the LP, with the visual part consisting of videos by Anne Pesce, evocative accompaniements, ranging from a long travel around a globe, visiting just dots of unrelated cities to high speed travel in a car without being able to see too much what’s happening. All videos can be viewed here.
      Stef GijsselsFreejazzblog

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    • Remedios la belle : Henri Roger et Bruno Tocanne
    • Imprudenses : Henri Roger piano solo
    • Hyperkinezik : Henri Roger piano solo
    • Acouphenia : Henri Roger. Electro Improvisations
    • In Ze Tower : Henri Roger Home Studio
    • Telepatik Jam : Henri Roger Home Studio
    • Energies Douces. Rythmigration : Henri Roger. Piano Solo
    • Images : Henri Roger. Pôle Records.
    • Jazz Rust : Pouaz"rlk
    • Une journée anonyme : Duo Rythmigration. Henri Roger et Ismael Robert
    • Le son d’une seule main : Duo Rythmigration. Henri Roger et Ismael Robert
    • Musique écrite et improvisée du début du XXIè siècle du moyen pays niçois : Compagnie So What
    • Muses et modèles, no dogme : Compagnie so what
    • L’amour aux nus : Duo piano voix avec Catherine Ribeiro
    • Manipulsations : avec Paul Rogers, Jean Louis Méchali
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  • BIOGRAPHIE. ENTRETIENS. TEXTES :
  • STREAMING Et DOWNLOADS : : Une sélection de musiques des albums parus sur Facing You / IMR, le Petit Label, Believe.
  • DOCUMENTS PHOTOS :
  • DOCUMENTS VIDÉOS DVD "Exsurgences" :
  • INSTANT MUSIC RECORDS : : .
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