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    • Rapidement…

      Né en Egypte à Ismaïlia en 1951.
      Vit actuellement à Monaco et à Paris.

      Pianiste, guitariste, batteur, compositeur, improvisateur.
      Autodidacte passionné par le dessin mélodique, la phrase, l’harmonie et le rythme.

      Devise : "Va assez loin en toi pour que ton style ne puisse pas suivre" (Henri Michaux)

      Artistes phares : J. Coltrane, J. Mac laughlin, H. Hancock, K.Jarrett, F.Zappa. Cecil Taylor. Fred Frith.

      A joué avec Taï Phong, Mama Béa, Catherine Ribeiro (Olympia, Bobino, Cirque d’Hiver, tournées).
      Et avec des improvisateurs comme Paul Rogers,Jean-Louis Méchali, Barre Phillips, Bruno Tocanne, Emilie Lesbros, Eric-Maria Couturier, François Cotinaud, Emmanuelle Somer, Benjamin Duboc, Didier Lasserre, Noël Akchoté, Augustin Brousseloux, Jean-Marc Foussat, Jean-Baptiste Boussougou, Marcel Bataillard.

      DISCOGRAPHIE

      Solo :
      SimpleThings4Fun
      Electro project
      Duo :
      Courants de loques et de vents
      Avec Jean-Marc Foussat
      Duo :
      I Burtuoni
      Avec Marcel Bataillard
      Duo :
      Mourim
      Avec Jean-Baptiste Boussougou
      Duo :
      Géographies des transitoires
      Avec Jean-Marc Foussat
      Solo :
      Instead of a Nap
      Drums solo
      Duo :
      Speed
      Avec Noël Akchoté
      Duo :
      Shlouwarpch !
      Avec Augustin Brousseloux
      Duo :
      Siderrances
      Avec Noël Akchoté
      Solo :
      Sunbathing Underwater
      Quartet :
      Parce Que !
      Avec Eric-Maria Couturier, Emmanuelle Somer, Henri Roger, Bruno Tocanne
      Trio :
      Parole Plongée
      Avec Benjamin Duboc et Didier Lasserre

      Quartet :
      No Meat Inside
      Avec François Cotinaud, Barre Phillips et Emmanuelle Somer.

      Quartet :
      When Bip Bip Sleeps
      Avec Eric-Maria Couturier, Emilie Lesbros et Bruno Tocanne.

      Piano solo :
      Exsurgences
      (Facing You / IMR, distribution Musea, Believe )

      Duo :
      Remedios la belle
      Avec Bruno Tocanne (Le Petit Label)

      Piano solo :
      Energies Douces, Rythmigration, Imprudenses, Hyperkinezik.

      Home studio :
      Images, In ze Tower, Telepatik Jam, Acouphenia.

      Illustration sonore :
      Editions Sysmo Records (Radio france, fr3, M6)

      Trio :
      Manipulsations, avec Paul Rogers, Jean Louis Méchali.

      Duo :
      L’amour aux Nus, avec Catherine Ribeiro en public au Forum des halles.

      Compagnie So What :
      Musique écrite et improvisée du début du XXIème siècle du moyen pays niçois,
      Muses et modèles / no dogme.

      Duo Rythmigration avec Ismael Robert :
      Le son d’une seule main.
      Une journée anonyme.

      Pouaz”rlk :
      Jazz Rust

      Entretien avec Philippe Robert

      FACING YOU : HENRI ROGER
      Te souviens-tu de tes tous premiers émois musicaux ?
      Pendant longtemps j’ai entendu de la musique, avec plaisir, sans toutefois y prêter beaucoup d’attention. A partir du moment où j’ai vraiment aimé en écouter, j’ai eu envie d’en jouer : les deux, dès lors, sont devenus indissociables. Mon premier choc musical s’est produit en colonie de vacances, vers 12 ou 13 ans : un animateur a joué du boogie, et à partir de ce moment, il a fallu que j’essaie de reproduire ce genre de rythme sur le piano familial. Auparavant, la musique était en quelque sorte à l’extérieur ; puis soudainement, elle est passée « à l’intérieur de moi », au point que je la perçoive autrement, avec l’envie « d’être dedans », de vivre avec, de réduire l’espace entre perception et jeu. Aux alentours de 1963, j’ai cherché à jouer d’oreille ce que j’entendais alors : c’est-à-dire principalement du blues, des chansons, du rock’n’roll… Mes parents jouaient du violon et du piano, et la musique classique était très présente… Puis une de mes soeurs, plus âgée, a ramené d’Angleterre des singles sixties qui m’ont d’emblée titillé. Leur son, leurs rythmes, leurs harmonies ne disaient qu’une chose : combien ces musiques « c’était nous, et personne d’autre ».
      Après ces premières découvertes, j’imagine que tu t’intéresses plus avant, au point de t’immerger dans la musique enregistrée, et d’acheter enfin tes premiers disques à toi.
      On écoutait donc de tout, en famille, à la radio ou à la télévision, lorsque tout d’un coup, l’émission Salut les copains déboula dans les foyers : c’est là que j’ai entendu les Beatles, les Rolling Stones et Bob Dylan pour la première fois, et c’est juste après que j’ai acheté, d’abord des 45 tours, puis des LP. Le premier 45 tours ? Vraisemblablement « I Want To Hold Your Hand » en 1964. Puis, dans la foulée, les albums Out Of Our Heads des Stones, Bringing It All Back Home de Dylan, et A Hard Day’s Night des Beatles. Les écouter en boucles me procurait un plaisir intense. En émanait un sentiment de nouveauté, d’un monde en dehors des adultes. Il devenait évident qu’il y avait d’autres critères, d’autres manières de faire de la musique ensemble, en groupe. J’ignorais comment ces musiques étaient faites, mais j’en entendais distinctement toutes les parties jouées et chantées. Ce qui se passait derrière le chant principal – la répartition des instruments, leurs rôles – m’a rapidement captivé. Taper en rythme derrière ce que j’entendais m’amusait : batteur dans un groupe, voilà ce que j’avais envie d’être. Qu’ajouter à propos de tout ceci ? Chez les Stones, c’est principalement l’énergie qui me touchait, même dans les morceaux lents : leur manière d’affirmer, d’imposer un rythme. Avec Dylan, c’étaient les paroles qui m’interpellaient, sans tout comprendre cependant. Les Beatles ? L’évidence des mélodies et leur
      côté joyeux était la clé. Mais les tubes n’incarnaient pas non plus ma priorité. Quand j’aimais un album, c’était que le son, l’ambiance générale me fascinaient.
      Le son, l’ambiance, les mélodies voire les paroles : on est encore loin de ce qui fait l’essence du jazz. A partir de quand t’y es-tu intéressé ?
      Indubitablement, les nouveautés dans la pop et le rock excitaient la curiosité, on en voulait toujours plus… Aussi suis-je allé me rendre compte, de visu, aux festivals de Bath et sur l’Île de Wight, en 1969. Solos de guitare, de batterie également : tout un développement instrumental au- delà des chansons m’apparaissait au grand jour, à l’instar de ce que Jimi Hendrix pratiquait avec fougue, pour ne citer que lui. C’est aussi à cette époque que des amis m’ont fait écouter du jazz instrumental, avec des musiciens s’exprimant longuement, comme sur « Afro Blue », dans la version de Coltrane, en public, au Birdland. Toutes frontières me semblaient avoir volé en éclats, un lien évident unissant Hendrix et Trane. Dans la foulée, Filles de Kilimandjaro (Miles Davis) ainsi que le septette de Thelonious Monk ont atterri sur ma platine et l’ont squattée, non stop.
      Quand tu as commencé à écouter du rock, tu dis avoir été enclin à te consacrer à la batterie. De quel instrument as-tu commencé par jouer, et dans quelles circonstances ?
      Le piano est venu en premier, le soir après l’école, pour m’amuser. La gamme de blues a constitué une base à combiner dans tous les sens, avec, en tête, des phrases de guitare plutôt que de piano. Au lycée, des copains mettaient sur pieds des groupes que j’intégrais si je pouvais jouer cette gamme. C’était déjà de l’improvisation sur quelques notes portées par une rythmique, un point de départ que je n’ai pas cessé d’explorer depuis. Quand, au cours d’une fête entre amis, un pianiste changea les premiers accords du « Whiter Shade Of Pale » de Procol Harum, tout un univers s’ouvrit devant moi, attisant ma soif d’apprendre.
      Tu pratiques également la guitare, la batterie, les percussions : tu as donc intégré ces instruments à ton parcours beaucoup plus tard ? Quand es-tu devenu musicien professionnel d’ailleurs ?
      A Nice, au début des seventies, je fréquentais un lieu qui s’appelait le Tube, où des gens chantaient, jouaient ; c’est là que j’ai fait connaissance de celle qui allait devenir mon épouse, et c’est avec sa guitare acoustique que j’ai appris à jouer de cet instrument, avant d’acquérir une Stratocaster quelques années après. La batterie, ça n’a été que trente ans plus tard ! Sur plusieurs instruments, des manières différentes de s’exprimer se révèlent ; des idées viennent à la guitare, à reprendre au piano ou l’inverse, de même que des rythmes prenant forme à la batterie s’avèrent
      finalement transposables sur guitare ou piano. Au début de l’année 1970, aller vivre à Paris pour devenir musicien professionnel, même sans trop savoir comment, coulait de source. Après audition, j’intégrais donc Taï Phong pour une série de concerts, mais bien que déterminé, beaucoup de choses arrivèrent finalement par hasard, dans le mouvement.
      Une rencontre importante fut celle de Catherine Ribeiro, dont tu auras été le pianiste des récitals, après qu’elle en ait eu fini avec Alpes. Et puis, une autre rencontre, pas moins déterminante, aura été celle du rédacteur en chef de l’éphémère Rock en Stock, par ailleurs label manager du culte Pôle, où sévirent Pataphonie et Philippe Besombes, artistes figurant sur une liste concoctée en 1979 par Steven Stapleton et ses acolytes du combo étiqueté « industriel » Nurse With Wound, liste qui, aujourd’hui encore, continue d’être influente en matière d’étrangetés.
      C’est pour ce label, justement, que tu as enregistré ton premier album, que je qualifierais plutôt de progressif, si tu me passes l’expression. Images, puisque tel en est le titre, n’a rien à voir avec le jazz.
      L’idée que j’ai ma musique à jouer et à créer existe en moi depuis longtemps, et j’y travaille en permanence. Soft Machine, Frank Zappa, Pink Floyd, King Krimson, Yes, Genesis, Mahavishnu Orchestra m’ont aidé à trouver un vocabulaire où les genres se sont mélangés jusqu’à ne plus faire qu’un. Images, mon premier opus pour la maison de disques de Paul Putti, correspond à des climats joués sur synthés et claviers d’époque, enregistrés à partir d’un magnéto quatre-pistes, des climats où, bien qu’ils n’aient rien à voir avec le jazz, l’improvisation était omniprésente. Avant d’accompagner Catherine Ribeiro, à l’époque de « La Folle », j’ai tourné avec Mama Béa Tekielski – elle aussi présente sur la liste de Nurse With Wound puisque tu en parles… Catherine Ribeiro, c’était fin des années 1980, quand elle s’était mis en tête de reprendre Brel, Ferré, Piaf : nous étions tous les deux sur scène, grand écart stylistique pour elle comme pour moi comparé à ce que nous avions fait jusque-là : pourquoi ne pas essayer ? L’aventure a duré quatre années, avec des moments intenses, où il était parfois difficile de ne pas se laisser submerger par l’émotion qu’elle mettait dans « La mémoire et la mer » de Léo Ferré. Grand souvenir que d’avoir ainsi offert en partage, un 1er mai, « Ne me quitte pas », place de la Bastille, devant des milliers de personnes silencieuses. L’amour aux nues est l’enregistrement de ce que nous faisions, capté au Forum des Halles.
      Quand tu accompagnais Catherine Ribeiro, quels pianistes avais-tu en tête ?
      Pendant longtemps, saxophonistes, batteurs et guitaristes de jazz ont retenu mon attention au détriment des pianistes, ce qui n’est plus le cas. Lesquels alors, parmi ces derniers ? Surtout Thelonious Monk, McCoy Tyner, Herbie Hancock, Chick Corea, Keith Jarrett. Puis il m’a fallu
      les comprendre, relever leurs accords, leurs phrases, découvrir des possibilités qu’on ne voit pratiquement pas dans les livres consacrés à l’étude du jazz. Et enfin se dire, qu’à partir de là, d’autres combinaisons sont possibles – illimitées.
      D’où t’es venue l’idée d’animer pendant un temps un atelier, consacré à l’improvisation (le G.L.I. ou Groupe de Libres Improvisateurs), où l’on pouvait se confronter à cette pratique, et, pour certains des « fidèles », se produire sur scène, parfois au contact de musiciens d’expérience tel Barre Phillips ? Et puis pourquoi ? Cela semble correspondre, de ta part, à un investissement encore plus profond. Tu n’accompagnes plus… Le dialogue et l’écoute l’emportent dès lors, certaines rencontres, avec Paul Rogers, Jean-Louis Méchali, Didier Petit en témoignent.
      L’improvisation, totale et non idiomatique comme on dit, et donc, des formes innovantes de jeu qui ne se référent pas spécialement au jazz, ont fini par me tomber dessus. A Montreuil, aux Instants Chavirés, d’autres façons de partager le son se sont imposées à moi – j’y ai même participé à des rencontres avec des musiciens comme Didier Petit, Alex Grillo ou Guillaume Orti. C’est là, aussi, que j’ai entendu Paul Rogers pour la première fois, et que j’ai fini par lui proposer d’enregistrer Manipulsations avec Jean-Louis Méchali, un disque dans lequel se mêlent impro et parties écrites. Au premier concert de ce trio, Paul Rogers m’a dit : « On oublie les thèmes, on joue ! » De là date ma plongée dans l’improvisation beaucoup plus libre que je continue à pratiquer aujourd’hui.
      En 1997 je suis revenu vivre près de Nice où j’ai retrouvé les musiciens de l’actuelle Compagnie So What avec qui j’avais joué du free jazz en première partie de Martial Solal en 1972. Grâce à eux j’ai rencontré Serge Pesce et Frederic L’Epée, créateurs du G.L.I., atelier d’initiation à l’improvisation qui proposait de multiples approches d’écoute, et des interactions à travers des exercices ludiques. Cela me semble être une spécificité des improvisateurs que d’apprécier les rencontres, et d’aller au-delà des questions inhérentes au niveau des participants à une improvisation collective. Barre Phillips venait (et continue de venir) régulièrement à nos soirées, et notre relation amicale s’est tissée avec une grande simplicité. C’est son attitude discrète, très à l’écoute des autres sur scène, qui permet à chacun de jouer et de se sentir libre. On repense après à ce qui a été joué par les uns et les autres, et on évolue. Effectivement le jeu collectif improvisé élimine en grande partie l’idée traditionnelle d’accompagnement. Le fait de mettre en jeu, avec d’autres que soi, son propre vocabulaire, crée automatiquement une situation qui n’aurait pas été développée si l’on était resté seul.
      Tu as aussi joué de la guitare électrique, et enregistré, avec une formation azuréenne « à la Lounge Lizards » nommée Pouaz"rlk. Pour autant, c’est surtout au piano que l’on t’entend
      ces temps-ci. Tu viens de monter un label dont le nom : « Facing You » est en soi tout un programme : peux-tu en dire plus, également sur tes projets ?

      Avec Pouaz"rlk, je pouvais expérimenter très librement la guitare, au-dessus de rythmiques basées sur des séquences répétitives, alors que sur le disque en duo avec le batteur Bruno Tocanne, Remedios la belle, nous étions rythmiquement libres tous les deux. A propos de cet opus, il est sorti sur Le Petit Label, dont la philosophie m’a paru tout à fait proche de ma démarche : une approche artisanale à taille humaine (peu d’exemplaires sont gravés), un travail artistique confié à des plasticiens pour les pochettes, une bonne relation aux médias concernés par ces musiques qui permet de joindre les gens susceptibles d’apprécier.
      A travers tous mes projets, toutes mes rencontres, mes réalisations, le besoin de liberté domine. Créer Facing You est un moyen de faire exister mes musiques à mon rythme. Le piano permet « facilement » le solo ; et donc de se présenter seul face au public comme l’a suggéré Keith Jarrett au travers du titre de son premier album solo, Facing You ; le piano en solo permet de venir raconter son histoire au plus près de ce qu’on est, sans artifices, avec vérité et sincérité. Je souhaite garder de la liberté, du rêve, de l’humain face à un monde de plus en plus technique et rationnel. A toute vitesse de nouveaux moyens d’écouter, de stocker la musique arrivent ; on peut imaginer un lieu de vie où l’on ne verrait plus de disques, plus de livres, plus de photos, où tout s’incarnerait dans un outil informatique… Mais les symboles, l’imaginaire, le passé, les parcours sont là, c’est vital. Le vinyle c’était nos premiers 33 tours, c’était magique, précieux et rare. L’imaginaire avait sa place dans leurs pochettes ; l’imaginaire a besoin d’espace, de matière à tenir dans les mains. Je vois le disque comme un prolongement harmonieux entre le son et quelque chose de visuel, d’où la rencontre avec la plasticienne et vidéaste Anne Pesce, qui possède un regard très personnel et s’occupe d’offrir, si je puis dire, un visage à Facing You sur différents supports : vinyle, CD ou DVD.
      L’humour tient aussi une grande place dans ma vie et dans ma musique, on peut en trouver des traces dans des clins d’oeil parfois appuyés : à chaque concert par exemple, je glisse, à un moment donné, les premières notes de « A Whiter Shade Of Pale ». En compagnie d’Eric-Maria Couturier, Emilie Lesbros et Bruno Tocanne, je vais, dans la foulée d’Exsurgences, sortir un album en hommage aux musiques de cartoons de Scott Bradley : The SéRieuse Cartoon Improvised Music Quartet !
      Un sujet de séminaire organisé par Jean-Marc Montera à Marseille proposait de réfléchir sur : « L’improvisation, art de l’oubli ? » Ton opinion ?
      Par opposition à la musique écrite c’est vrai, mais dans le monde, des musiques contenant une grande part d’improvisation se perpétuent en gardant la mémoire d’une culture. Pour l’improvisateur libre, c’est différent, il acquiert un savoir-faire au fil du temps, savoir-faire qui consiste en partie à répéter, et donc à garder en tête des chemins, des manières d’évoluer dans divers niveaux de tension, d’énergie, d’intensité, d’espaces. Lorsqu’il est en situation d’improviser en public ou en studio, c’est comme s’il disait ses phrases en changeant l’ordre des mots tout en gardant le même sens. L’oubli, dans une véritable improvisation, consisterait à ce qu’on ne puisse plus refaire ce qui a été joué, qu’on ne sache plus, et pour de bon, comment on avait pu le faire auparavant. Après tout, c’est peut-être pourquoi, ceux qui se disent improvisateurs, au point de pratiquer quotidiennement, enregistrent énormément de disques : afin de garder des traces des oublis !
      Propos recueillis par Philippe Robert, auteur de Musiques expérimentales (le mot et le reste), anciennement collaborateur de Jazz Magazine, Vibrations, Les Inrockuptibles, Guitare & Claviers, Improjazz, août 2012.
      Improjazz

      Pascal Quignard est un écrivain Coltranien.

      Pascal Quignard est un écrivain Coltranien.
      "Impressions" d’un musicien de jazz et improvisateur à la lecture du livre
      "Les Ombres errantes ", prix Goncourt 2002,
      premier volume de "Dernier Royaume ".
      Texte paru dans Improjazz en 2010.

      Progressivement l’immersion dans ce texte et la façon dont les idées abordées sont induites au fur et à mesure de la lecture m’ont fait penser à plusieurs aspects de la musique de John Coltrane.

      Tourner autour du thème dans le jazz, s’en servir, le déformer, le moduler
      font partie intégrante de cette musique, c’est ce que fait ici Pascal Quignard avec ses idées.
      Les thèmes abordés sont développés par fragments de diverses longueurs et intensités, poétiques, historiques, simples ou complexes.
      L’écrivain tourne autour de
      la création, la solitude des créateurs et des amateurs d’arts non commerciaux, l’histoire, la culture de masse.
      Mes comparaisons et impressions sont sur la construction du livre, certains sujets et quelques compositions de John Coltrane.

      Pascal Quignard écrit par moments des phrases courtes poétiques et compréhensibles :
      " Chaque océan est une larme du temps",
      " Chaque vague était comme un grande tuile d’or qui s’élevait, qui avançait".
      Elles sont comme la mélodie simple et mémorisable de "Naïma".
      Souvent le contenu des phrases est plus complexe :
      "La fragmentation est l’âme de l’art", "La paroi est la peau humaine à l’intérieur de la paupière".
      Dans cette alternance entre simple et complexe on retrouve la tension/détente, le jeu in et out du phrasé jazzistique : jouer dans une tonalité et en sortir par des altérations ou par superpositions d’autres tons.
      C’est perceptible entre le A de Naïma avec ses deux premiers accords très doux
      et le B où la tension harmonique augmente avec plus de dissonance.

      Des passages plus longs avec des références historiques, sur la préhistoire, Rome, des rois, des écrivains, s’intercalent, donnent des clefs au lecteur sans tout expliquer.
      De même les gammes mineures pentatoniques, qui font partie de l’histoire de la musique, sont intégrées au son de John Coltrane
      et nous donnent un repère.
      Des mots peu usités ( "anachorèse dirimante" "néoténie" "asystasie") rappellent l’utilisation d’intervalles, de modes, de manière innovante, où l’on comprend beaucoup
      moins, où l’on se laisse prendre par le flot des mots ou par le flot de notes dans les solos du saxophoniste dans l’album "Giant Steps".

      La rythmique du texte dans ses alternances entre phrases isolées,
      passages très brefs, chapitres plus longs
      ce serait cette superposition dans le support du thème musical et l’improvisation entre un riff de basse répétitif : "Spiritual", "Africa" et les solos.
      "Spiritual" est posé sur quatre notes, "Africa" l’est sur deux notes, elles forment un gimmick qui permet au soliste de partir
      au delà de ce cycle court pour un développement d’idées plus complexes en phrases longues.
      "L’individu le soliste est comme la vague qui se soulève à la surface de l’eau la rythmique"
      Ainsi au fil du texte les phrases courtes donnent le point de départ à des séquences plus longues et approfondies, de plusieurs pages.

      Une phrase résume le propos sur la création et les créateurs :
      " On ne peut être à la fois gardien de prison et un homme évadé "
      John Coltrane est un homme évadé de la prison des grilles harmoniques, parti très loin, dans les "Interstellar Spaces".
      L’idée : "La fragmentation est l’âme de l’art" se vérifie dans la séparation qu’il effectue d’avec les manières de jouer, d’harmoniser, précédentes, séparation qu’il affirme tout au long de son parcours.
      En une dizaine d’années John Coltrane aura apporté de nombreux concepts toujours utilisés.

      "La marginalisation des écrivains et des musiciens est certaine et durable"
      En allant au bout de ses idées en jouant toujours plus librement John Coltrane s’est coupé d’une partie de son public et du monde du jazz.
      Les écrivains difficiles aussi sont en dehors : "C’est la morale dominante qui définit la marginalité".
      Les lecteurs, le public de ces créations à part, vivent eux aussi une solitude.
      Je pense aux musiques improvisées à leurs artistes, leurs lieux, leur public chez lesquels l’ombre de John Coltrane, libre, continue d’errer.
      " Ces trois ou quatre, ils se cachent ; ils fondent des sociétés secrètes fragiles. Mais dans le coin, ils se repassent des oeuvres publiées à neuf exemplaires qui parmi toutes les marchandises , ne marchandent rien du tout".

      Je ne sais pas si Pascal Quignard aime la musique de John Coltrane et le free, mais la musicalité m’a semblé omniprésente dans son livre.
      "Un contrepoint est un chant supplémentaire qui diverge de la ligne mélodique. Ecrire en contrepoint signifie écrire en réplique à l’énergie principale".

      Quand on ferme le livre on peut lire sur la couverture :
      "Il y a dans lire une attente qui ne cherche pas à aboutir. Lire c’est errer. La lecture est l’errance".
      Ce qui deviendrait musicalement :
      Il y a dans improviser une attente qui ne cherche pas à aboutir. Improviser c’est errer. L’improvisation est l’errance.
      Quand on ferme ce livre il a ouvert des portes, elles s’ouvrent aussi à l’écoute de "Stellar Regions"…
      Henri Roger.

      L’ut haut pique !

      Avance et t’es mieux ou avant c’était mieux ?
      La lex est l’ex est l’excès.
      Lis tes ratures !
      Souvent, en été, on tord la peur.
      Les gars, lisons !
      Eviter quelqu’un qu’on n’aime pas n’aide pas à
      léviter.
      Qu’entend on quand tend ton quand tant tons quand temps tons quand tentons quand tant thons qu’antan ton Kant en ton par là ?
      L’ennui lent nuit.
      Quand on part se délasser en marchant les lacets lassés qui se délassent c’est lassant.
      Quand c’est dentaire tu bouges plus.
      Une réplique de grotte ça peut être profond.
      Les lecteurs l’électeur les lectrices l’électrice sont de moins en moins nombreux.
      Pour lutter contre la pollution faut-il interdire les noms à particule ?
      Un ami psy m’a dit : "Ce cas m’isole".
      Se moquer du mot qu’est le mot quai.
      Univers s’y taire, univers six terres, unis vers Cythère, universitaire, uni vert si terre, univers-ci terre, unis vers s’y terrent.
      On peut être laïque tout en considérant qu’il existe des musiques cultes.
      Pour éviter les dysfonctionnements en famille éviter d’avoir dix fonctionnements
      On atteint le maximum de fonctionalitée en fin de vie, en général, si on est optimiste.
      Se faufiler dans la circulation sans se viander, ce faux-filet dans la restauration sans se goinfrer, ce faux-filet dans la circulation sans se goinfrer, se faufiler dans la restauration sans se viander.
      Écouter de la musique laïquement c’est divin.
      Le pianiste, tu le mets sur la touche, il est bien.
      Mes tics sont pas tes tics.
      La mal gamme fait un son qui pue, un son de pet au lieu d’un son de paix.
      Tout le monde botte en touche, le beau temps touche tout le monde.
      Les joueurs de sax se demandent encore Houellebecq ?
      J’avais prévu un dimanche de repos sans faire de pauses, mais, je me repose la question de savoir pourquoi si on se repose des questions on ne se repose pas.
      Le snowbisme n’est pas un sport de montagne.
      Boire beaucoup de bon thé ne rend pas plus généreux.
      Le rêve du saumon est d’avoir de l’oseille de son vivant.
      N’oublions pas, avant les fêtes, que les omniprésents ne sont pas des cadeaux.

      L’art n’a que le buzz.
      Se libérer se lit béret.
      Persévère père sévère perçer vers perd ses verres pairs sévères père c’est vert.
      Une femme époustouflante et un homme époustouflant forment un couple épouxstouflants.
      Et ces sons d’évoluer sans fin.
      Quand j’ai lu : s’y faire, j’ai trouvé ça diabolique.
      Est-ce que le diverti se ment ?
      Il a beaucoup plu, mais à qui ?

      Des matins, t’as rien à annuler mais t’as envie d’annuler quand même.
      Je vous en prie, après vous, bonne journée. Je suis poli instrumentiste.
      Quand on part se délasser en marchant les lacets lassés qui se délassent c’est lassant.
      Le cuisiniste m’a demandé ce que je souhaitais comme crédence, je lui ai dit : "une clearwater", il m’a répondu : "on fait pas", sans le moindre sourire.
      C’est quand le moi doute que c’est chaud.
      Maintenant on te dit : "Bon app !" tu sais pas si tu dois télécharger un truc ou aller bouffer.

      L’orthographe évolue sans cesse : "ibook pook caillook bijook genook joujook chook ».
      Avec leurs façons de nous étudier on aura bientôt une proposition : "Vos moments les plus importants de l’année prochaine ».
      Mais ça peint à Noël aussi.
      Le projet de loi sur la prostitution est tellement pro que c’est net.
      Avec un bon vin, l’haleine de verre passe bien.
      Tous les jours des infos de la désinfo du buzz des rumeurs des catastrophes t’imagines avec plusieurs planètes habitées ?
      Nous sommes en buzzcratie.
      Ils militèrent pour la culture générale, une
      question de salut.

      Et par nier, on entend bien mettre de côté un tas de trucs.
      Le droit du mi du fa du la du si du do du ré.
      Les mots sons dans le piano.
      L’effet mer est durable.
      Depuis quand un mot nu ment ?
      Le tout quand on tue le temps c’est de ne pas se faire prendre.
      Pour obtenir un sol bien propre utilisez un bon déterre gens.
      Les manipulations médiatiques de l’arme larmes sont à pleurer.
      Les avions d’Aeroflot qui n’ont pas du tout l’air d’être des hydravions m’inquiètent un peu.

      Un prêtre niçois bénit smartphones et tablettes allô bénite.
      Composter les déchets,
      c’est aller-retour ?
      Ça sonne comment une partition de disque dur ?
      Quand il y a dix tyrans biques le troupeau ne va pas bien.
      Un groupe qui joue un chaud set c’est le pied.
      Une pensée pour les cancres,
      à la rentrée dégueulasse.
      Un touriste me demande : " Pour râler à la plage, c’est loin ? ".

      Thérapie par piqures d’abeilles. Paraît que ça marche dare-dare.
      Des restaurants qui n’acceptent pas l’échec, ferment.
      Au parking franchise 30 minutes, après, mensonges.
      Tu fais un mauvais jeu de mot sur noyade, tu coules.
      Pour combattre le chacun pour soi il vaut mieux aimer la solitude.
      On dit ombre âgée mais jeune c’est bien aussi.
      Être relaxé, sans procès, c’est quand même plus cool.
      Surmoi d’été : T-shirt maillot tong.

      La gifle c’est pas bien mais beaucoup prennent leur claque à des concerts et y retournent.
      Bonjour, si on n’a pas été traité peut on être retraité quand même ? Merci.
      L’ut haut pique.
      Et ben moi, ça me gêne que l’art soit dans arthrite et arthrose.

      Un présidensciable élu, un pays
      coupé en deux.
      Tout Etat refaire.

      Un type s’évade, c’est la ministre qui se rend, à la prison.

      Tu fais des rêves récurrents tu te réveilles tout propre.
      Le cri d’or frais c’est comment ?
      Est-ce que les médecins pansent ce qu’ils disent ?
      Dans les gouvernements il y a des mini stères et des maxi langue de bois.
      Depuis le temps qu’on défraie la chronique, elle s’est fait combien ?
      Est-il au test ou au bar ?
      Ne nous emballons pas en pensant que le présent est un cadeau.

      Très pieu aujourd’hui.
      Parfois le fil en trop pique.
      Le ménage à trois c’est plus rapide et les gens disent
      c’est du propre.
      + tu transgraisses les règles en art + c’est du lourd.
      Est toujours à l’heure pas toujours râleur.
      Bonjour, si j’installe mon matériel sur des tréteaux puis je travailler très tard quand même ?
      Une bouteille de Bordeaux vient de me dire que beaucoup d’entre elles en avaient marre d’être chambrées !
      Le covoiturage c’est de la coerrance.

      Industrie agro aliment taire.
      Le principe de précaution c’est encore un truc de banquiers ?
      Un beau plat c’est beau.
      Un rythme scolaire ça groove pas vraiment..

      Pas d’usure passion.
      Les masses qu’harponnent les gouvernants, veulent fromage… et dessert !
      Redoute d’être catalogué.
      Une phrase qu’on entend trop aux infos : 
" Et maintenant, la suite désinformations".
      Il est 12H11 selon les syndicats , 08H11 selon la Police.

      "Suspendre l’activité" de l’ordi, d’accord, mais à quoi ?

      Un gouvernement sans conservateurs est-il bio ?
      Un gouvernement sans tristes ?
      Il y a dans le streaming un grand nombre de plaieslists.
      Quand on va très souvent au même restaurant, on demande l’addiction ?
      Un euro chirurgien est-il toujours franc ?
      Pendant la campagne électorale, on aimerait que les personnes les plus décentes montent dans les sondages.
      Y a-t-il un lien entre le nombre de chats qu’on voit sur internet et celui de souris d’ordinateur ?
      Ceux qui disent : "Je fais un peu de toux" sont plus nombreux en hiver.
      Quand elles souffrent de leur poids nié les portes grincent.
      S’enfermer sans fermer ?
      Un refrain entêtant est-il infantile ?
      La politique autrement c’est toujours
      l’autre ment.
      J’aime bien dire aux docteurs que je suis patient.
      Une coupe de champagne procure plus de plaisir à ceux qui sont nés bulleux.
      Fin de coup de fil à éviter : "Je t’embarasse très fort ».
      Si tout le monde participait aux frais il ferait moins chaud.
      Quand quelqu’un te dis : "J’ai tout fait dans ma vie ", tu n’es pas obligé de comprendre : "J’étouffais dans ma vie"

      Henri Roger. (Statuts Facebook)

      Le gai savoir de Jean-Michel Albertucci et Henri Roger. Improjazz avril (...)

      "IMPROJAZZ est arrivé… et dans sa livraison du mois d’avril, 15 pages consacrées à un entretien entre deux pianistes improvisateurs : Jean-Michel Albertucci et Henri Roger. C’est une idée que je leur ai lancée à l’automne dernier. Ils ne se sont rencontrés pour l’instant qu’à travers un espace d’écriture partagé que j’avais mis à leur disposition. Quelques questions pour lancer l’affaire et tous deux ont écrit à leur convenance.
      Et puis le mois dernier, j’ai "ramassé les copies" et supervisé le texte.
      Un grand merci à eux deux ainsi qu’à Philippe Renaud, qui nous a ouvert les colonnes du 214e numéro de son magazine chéri !" Denis Desassis.

      L’enretien au format PDF (zip) est téléchargeable ici

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