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    Sunship février 2016

    Il faut toujours faire confiance à Henri Roger dans ses rencontres.
    Le pianiste et guitariste nous livre avec une régularité temporelle que lui seul maîtrise de nouveaux témoignages de ses pérégrinations musicales. La dernière, Mourim, nous permet d’entendre à ses côtés le multi-instrumentiste (y compris la voix, instrument à par entière dans cette panoplie) Jean-Baptiste Boussougou qui apparaît dans notre viseur avec force clignotant.
    Incroyable Henri ! On l’avait laissé à dresser des cartes de cocagne luxuriantes avec Jean-Marc Foussat, et le voici à mesurer un autre espace temps avec un musicien dont les racines africaines teintent l’album d’instruments traditionnels tel le n’goni ou le piano à pouce (Sanza, Kalimba, Likembe, tu dis ce que tu veux ;-) ) sans jamais se situer vraiment.
    La musique improvisée de Roger et Boussougou est sans territoire fixe, sans région définie. Et le piano d’Henri Roger nous livre un aspect de sa personnalité qu’on soupçonnait mais qui ne se montrait guère : une douceur et une sérénité rare que l’humour et la fougue masquait parfois, comme une humble pudeur.
    Les voici en plein jour, et l’air frais lui va bien au teint.
    La musique de Mourim est avant tout profondément universaliste, comme en témoigne l’usage par Boussougou d’instruments d’autres méridiens (le ney perse et le oud arabe…) pour parler pourtant le même langage, un propos qui caresse le silence ("Un oiseau sur ta tête") ou féraille doucement avec le piano tout en restant gracieux en toute circonstance ("Piano piano à pouce"). Elégant.
    Evidemment, un morceau comme "Peul" dit d’où il vient.
    On entend quelques rythmiques classiques d’Afrique de l’Ouest, voir mandingues, mais elle sont jouées au oud comme pour brouiller les cartes ; doublées au piano, les cordes du oud se griment parfois en kora, mais une kora qui file vers d’autres harmonies où l’on pourrait déceler quelques poussières d’Europe Centrale. On est déboussolé mais séduit, persuadé que les deux improvisateurs, eux, tiennent fermement un cap, et que l’issue est vraiment chaleureuse.
    Inconnue au bataillon quelques secondes avant le début de l’album, c’est d’abord la voix de Boussougou qui attire l’oreille : une voix pleine et douce qui psalmodie profondément, accompagnée par un piano étrangement impressionniste, caressant, mélodique, comme peut être on ne l’avait jamais entendu chez Henri. "Prends moi dans tes bras" est une invitation à la placidité.
    Il fait froid dehors, la pluie tambourinne mais vous avez un café chaud.
    C’était exactement les conditions d’écoute, et c’était un miroir.
    Arrive la contrebasse.
    Boussougou joue entre autre cordes, de la contrebasse, et même remarquablement. Elle est un contrepoint parfait à la voix, aussi douce à l’archet bien que sondant les graves, et d’un groove limpide lorsque viennent les pizzicati. Le duo ne cherche pas à exprimer une idée complexe ou toute sortes d’abstractions.
    Ils chroniquent doucement le temps qui passe avec précision, sans recherche aucune de préciosité inutile. Les compositions de Boussougou permettent à Roger de retrouver ce goût pour le jeu brut, qu’on retrouve dans le beau titre "Massalia". On est absolument sous le charme de ce disque qui a cette petite touche d’étrangeté indispensable.
    Mourim, lorsqu’il se dote d’un "E" final (mourime), veut dire coeur en punu, une langue bantoue qu’on retrouve au Gabon. Du coeur, les deux musiciens en ont à offrir, et ils en ont à se donner mutuellement. Un coeur qui aime à palpiter dans des contrées oniriques joliment brumeuses dans lesquelles on aime se perdre.

    Sun Ship

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