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    Sun Ship novembre 2015

    Lorsqu’on pénètre -pénètre est définitivement le mot adéquat, en étant plus précis, on dira le mot juste- dans Géographie des Transitoires, le nouvel album de l’inarrêtable Henri Roger, on se dit qu’on a enfin un album qui définit à merveille l’univers du pianiste, et sa discographie.
    La discographie d’Henri est dense, pléthorique, touffue, et à bien des aspects, déroutante. Ce n’est pas un problème, parce qu’elle marche au moteur de l’envie et des possibilités techniques ; ça l’est parfois en terme de cerveau disponible. Il faut du temps pour écouter, traiter, analyser, réfléchir, soupeser… Et puis de la fenêtre du chroniqueur, trouver un angle, un climat, une orientation de chronique.
    Parfois ça ne fonctionne pas.
    Souvent, ça marche.
    Et puis des fois, rien de tout ça, ça tombe comme une évidence.
    La musique ne l’est pas, évidente, mais son commentaire l’est. Ce duo avec l’ingénieur du son et musicien électro-acoustique Jean-Marc Foussat l’est même absolument. Parce que c’est un disque spontané et entropique. Un disque-monde qui construit en même temps qu’il se révolutionne sa propre géographie. Sa propre topographie. Sa propre dynamique.
    Il faut absolument lâcher-prise. Se laisser envahir par les sons. Donner sa main à l’inconnu et pénétrer par la forêt vierge… Enfin par son orée : « Le Nord et le Sud » est un prémice de quelques minutes, un ronflement lointain qui corrode un piano qui s’éloigne, cotonneux comme un rêve fiévreux. La réalité se distord, bienvenue dans le monde des deux musiciens. Un monde peuplé de sons étranges, d’insectes grouillants, d’oiseaux colorés, de bestioles improbables…
    Ca pourrait être inquiétant, ça ne l’est jamais. C’est juste une cocktail d’impressions idéales pour laisser vagabonder son imagination. On pourrait essayer de rapprocher ça de tel ou tel courant, noter des influences liées à la musique contemporaine dans l’approche très percussive du piano, interpeller les souvenirs de la musique concrète, mais tout ce qu’on entend est neuf.
    Primaire, au sens de la forêt, et donc grouillant de vie et de cellules prêtes à muter.
    Le long morceau « Le Milieu » est un théâtre parfait pour toutes ces rencontres, ces parthénogenèses sonores qui se complaisent parfois au silence. La terre du milieu n’est pas plus hostile ; il y a certes parfois des moments plus escarpés, des nuées de mouches de synthèse qui viennent zébrer l’imaginaire, des voix lointaines qui laissent espérer quelque contrées habitées, mais toute cette cartographie est aussi méticuleuse et fragile qu’un mandala. Tout s’efface sous nos pas, et c’est nos propres images qui reconstruisent les routes.
    En se rangeant sous un texte du surréaliste belge Paul Nougé, l’auteur de « La Musique est dangereuse » (tiens, tiens), Foussat et Roger disent plus que toute les chroniques comment appréhender leur monde. Le texte de Nougé choisit est « L’amateur d’aube », où il est question de rupture, de lumière et de naissance. De ce moment particulier et émouvant ou le jour laisse la nuit aux souvenirs. Quelque part, Géographie des Transitoires est une distorsion temporelle de ce moment fugace, une étude précise du mouvement du soleil, qui cherche dans tous les recoins cette émotion incontrôlable de la lumière qui revient, quand tout recommence.
    C’est un plaisir de se laisser guider par ces deux grands architectes, sans doute les plus atypiques et les plus créatifs de ces dernières années. Sacré expérience.
    Sun Ship

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