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    Chronique Sun Ship Mars 2015.

    Adepte des mots valises, Henri Roger a bien compris que malaxer les mots et la pâte sonore a la même racine ou du moins contribue de la même démarche. Sans doute la même aussi que le plasticien qui s’attache à modeler la matière : donner du sens au brut.
    Après Exsurgences, son piano solo, voici donc Siderrances, double album sorti sur la collection Facing You du label IMR. Il fait suite à une production multiple et diversifiée du pianiste et guitariste, à qui l’on doit un remarquable hommage à Soulages et une rencontre avec la doublette Duboc/Lasserre sur le non moins passionnant Parole Plongée.
    Henri est un homme de rencontres, qui a compris tout l’intérêt des nouveaux moyens de communication pour partager avec des musiciens éloignés physiquement mais proche artistiquement.
    C’est le cas du guitariste Noël Akchoté, lui aussi auteur d’une discographie foisonnante, axée depuis de nombreuses années sur une dématérialisation militante.
    On se souvient également qu’il est à tout jamais le guitariste d’un des plus beau disque de jazz hexagonal, le Tenga Niña de Jacques Thollot, et qu’il enregistra quelques disques avec Derek Bailey.
    Entre autres. Entre beaucoup d’autres.
    Une simple consultation de son occurrence Spotify permet de découvrir un travail passionnant autour de l’appropriation de la Musique Ancienne par la guitare, fut-elle électrique. Une démarche parfois aride, assez éloignée de ce que propose David Chevallier autour de Gesualdo par exemple. Elle recèle de nombreuses pépites, et signe surtout une obstination à traduire la musique ancienne en oscillations électriques, à commencer par l’arrangement pour guitare du travail de Guillaume Dufay qui reste l’un de mes enregistrements préférés du guitariste.
    C’est à l’écoute du Madrigal de Gesualdo qu’ Henri Roger a conçu avec Akchoté ce qu’il définit lui-même comme un "Slow Dating", c’est à dire un week-end en studio à se chercher, se heurter, s’unir…
    En un mot se découvrir dans le flux de la musique improvisée.
    Autant le dire immédiatement, il s’agit d’une rencontre d’évidence, qui prend tout de suite dans l’abyssal "Double flux" où le piano tempête dans les graves pendant que la guitare tente de s’échapper de la masse. Il n’y a aucun round d’observation, les deux improvisateurs tendent vers le même point en deux directions différentes.
    Le point d’impact est tonitruant mais ne se traduit pas par une explosion, plutôt une fragmentation. Akchoté joue avec l’écho de sa guitare extrêmement sensible, qui semble enregistrer chaque mouvement, fut-il imperceptible. Roger délaisse les graves pour laisser sa main droite courir à l’aventure. La musique gagne en espace et en horizontalité.
    Peu à peu, c’est le calme d’une forme de concorde qui se dessine. Dans le très beau "A louer", certainement le sommet du premier disque, le piano semble découler du chant plaintif de la guitare et lui répondre en écho. Les deux musiciens se font très contemplatifs, dans une forme d’errance qui ne se délesterait cependant pas d’une forme d’urgence, les soudaines plaintes électriques de la guitare ne manquant pas de nous le rappeler.
    Le second disque se consacre à deux improvisations longues qui démontrent que la rencontre est fructueuse. Dans "Prairie rouge", on ignore ce qui a donné la couleur à ce grand espace, mais il est sur que le duo en exploite toute la surface. Le jeu de Roger est délié, laisse beaucoup de place au silence et se plaît à s’immiscer dans les échos étranges du guitariste. Malgré l’espace entre les musiciens, c’est à un propos très dense auquel l’auditeur fait face. Il prépare à merveille la "Pierre immobile" finale, où l’on se plaît à découvrir quelques thèmes avortés, et quelques couleurs blues arrachées à la masse.
    Le morceau d’une demi-heure pourrait constituer à lui seul un disque. Il en a la consistance et le mystère. Comme on peut songer que la rencontre entre ces deux là est le début d’une longue histoire, peut-être est-la prochaine étape. C’est peut être le seul défaut de cet album : son aspect pléthorique. Cette rencontre lente aurait peut être mérité un format plus sec et plus râblé, à l’instar du second épisode Speed, sorti récemment et où Roger passe à la guitare.
    La tentation bruitiste qui donne du relief au son très pur de "Ayrton Senna", la puissance sèche de "Jacques Laffite" sont deux morceaux qui donnent envie que l’histoire continue, qu’elle soit Speed ou quelle soit Slow.
    Comptons sur eux pour donner bientôt de leurs nouvelles.
    FanpiSunShip

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